Mohamed AMGHAR

Mohamed Amghar est propriétaire d’une maison d’hôtes dans le douar d’ Ambdour Imitizght Amelim situé à 10 kilomètres de Tafraout. Depuis l’âge de 18 ans il a le projet de  « faire quelque chose pour le développement de son village »  Nous l’avons rencontré lors de la Caravane organisée par M&D où nous avons eu la chance  d’être hébergés dans sa maison d’hôtes.  En militant du développement de la commune rurale de Tafraout, il a participé activement à l’organisation du festival de Tifawine et a tenu à témoigner de son expérience d’installation au village :

Ses deux grands-pères étaient migrants à Casablanca. Lors du décès du grand- père paternel, ses deux fils ont vendu la boutique familiale et sont revenus au village où ils ont travaillé une trentaine d’années. Sa mère étant décédée lorsqu’il avait 7 ans, il est soumis à la pression de son père et de sa belle mère qui le poussent à travailler et à migrer. Avec beaucoup de volonté et de sacrifices, Mohamed a poursuivi ses études jusqu’au Baccalauréat, à Tafraout, en étant logé gratuitement à la Maison de l’Étudiant financée par l’État. Puis n’ayant pas les  moyens de poursuivre ses études, il a travaillé dans des cafés et des hôtels sur place.

                                                   Entrée de la maison familiale de Mohamed Amghar réhabilitée et transformée en maison d’hôtes.
                        Entrée de la maison familiale de Mohamed Amghar réhabilitée et transformée en maison d’hôtes.

Vers 18 – 20 ans, sa décision était prise. Puisqu’il était contre la migration, il allait faire quelque chose au village : son projet de créer une maison d’hôtes dans la maison familiale, afin qu’elle ne tombe pas en ruines. C’est le cas de beaucoup d’autres maisons, délaissées par les propriétaires qui préfèrent (s’ils en ont les moyens) construire en bord de route des maisons modernes sans tenir compte du patrimoine architectural et des procédés de construction ancestraux. "Dans une maison d’hôtes on va chez l’habitant, dans un hôtel on  passe en touriste". Son projet est donc de créer une maison en habitat traditionnel pour montrer comment l’on vit dans les villages de l’anti Atlas Marocain, en pays berbère.

A partir de ce moment, Mohamed a travaillé à concrétiser son projet avec d’autant plus de détermination, voire d’obstination, qu’il n’avait guère de moyens si ce n’est cette maison familiale. Pour commencer, il a soumis son projet de maison d’hôtes dans le cadre de l’écotourisme à l’antenne d’Agadir de la chaine de télé TV2M, qui avait lancé  un programme de bourses en appui aux jeunes porteurs de projets.  A l’époque, l’écotourisme n’était pas à la mode et la chaîne a préféré encourager un projet dans l’agriculture.  Mais Mohamed ne s’est pas découragé car cette expérience lui a appris à améliorer son projet et à le présenter pour  convaincre ses interlocuteurs mais aussi et surtout à donner un fil conducteur à sa vie,  à se structurer et à construire  en même temps son projet de fonder une famille car il n’avait été que peu encadré dans son enfance.

Une seconde opportunité s’est présentée sous forme d’un appel à projets provincial. Le projet de Mohamed a été retenu, des études de faisabilité ont été financées et il a obtenu 30 % de subvention, il a investi 20 % et il a dû emprunter 50 % à la banque. Là un nouveau problème a surgi, le prêt bancaire : A l’époque, il n’existait pas de possibilité de prêt en milieu rural, tous les crédits étaient destinés aux investissements urbains. Il est fier d’avoir été un pionnier et d’être le premier client  à avoir obtenu ce crédit pour un projet rural . Il a su convaincre la banque  qui  a changé son règlement pour l’adapter aux demandes des entrepreneurs ruraux.

A partir de là, Mohamed et son épouse ont travaillé à retaper la maison familiale en alliant les procédés de construction ancestraux et modernes, et disposent de 4 chambres d’hôtes en plus de leur propre logement. Ils ont utilisé internet pour leur publicité et Mohamed juge le bilan de la première année positif malgré les remboursements du prêt et les taux d’agios de la banque qui effraient son épouse.

« Je ne peux pas manger seul il faut que je partage avec les autres ».

                                            Mohamed Amghar et son fils sur la terrasse de sa maison d’hôtes

                                  Mohamed Amghar et son fils sur la terrasse de sa maison d’hôtes

Mais son ambition va plus loin, il ne veut pas seulement faire vivre sa famille mais aussi développer le village.  Il  a créé 5 postes de travail dès la première année. Il a choisi de rentrer dans l’association villageoise pour payer sa cotisation à l’eau et l’éclairage public plutôt que de prendre un contrat individuel avec l’ONEA car pour lui il est important de fortifier l’association villageoise qui repose sur des principes de solidarité entre les habitants. Maintenant il voudrait acheter des produits du terroir labellisés par M&D et les cuisiner pour ses hôtes. Il envisage  aussi de faire un point de vente de ces produits. Il ne cherche pas à faire de bénéfices mais  pense vendre au prix des coopératives.

Mohamed a de nouveaux projets : faire un salon traditionnel, exposer des objets pour montrer comment on vivait autrefois dans ces villages. Pour lui si on revient vivre sur place, il faut « faire les choses bien, dans le respect de la tradition mais avec les méthodes modernes ».   Mais surtout, maintenant qu’il pense avoir gagné sa place, il veut développer des liens avec les gens du village, prendre le temps de discuter avec ses voisins, vivre vraiment la vie du village.

En retraçant son expérience, il se sent une âme de pionnier car tous ses anciens amis ont migré à Casablanca. Il veut donc être un exemple pour d’autres jeunes qui seraient tentés par l’aventure, «  Que je réussisse ou que je fasse faillite, je tirerai des leçons de cette expérience pour la partager avec des jeunes, afin de leur ouvrir la voie. »